Près de 1500 fermiers se sont suicidés collectivement en Inde, dans l’état rural de Chattisgarh, ces dernières semaines. La sécheresse et de mauvaises récoltes sont à l’origine de ce geste de désespoir, ont expliqué des paysans de cette région, qui craignent de ne même pas pouvoir obtenir les graines nécessaires à la prochaine semence.
Un responsable de l’association indienne pour l’agriculture, interrogé par le journal anglais the Independent, a reconnu que les suicides d’agriculteurs étaient en hausse en Inde. ” Les gens qui ont prêté de l’argent aux paysans ont créé un cercle vicieux. Ils encouragent les paysans à souscrire à des emprunts mais lorsque les récoltes sont mauvaises, ils n’ont d’autres choix que celui de se tuer”.
Le Figaro
Depuis le milieu des années 80, l’Inde a accepté d’ouvrir totalement son marché en contrepartie de l’aide du FMI.
Le gouvernement Indien a, sous la pression de l’OMC, réduit les droits de douane ainsi que les subventions., mettant ainsi en concurrence les paysans indiens avec les fournisseurs de l’UE et des USA dont les produits agricoles sont protégés et subventionnés.
Le résultat a été l’effondrement sans précédent d’une branche qui, en Inde, nourrit un grand nombre de personnes. En 1970 encore, une tonne de coton atteignait la valeur de 12 grammes d’or. Mais, suite à la libéralisation du pays, au début des années 90, le coton a vite perdu en valeur. L’autorisation des engrais et les prix des semences ont fait grimper les coûts de production, alors que les recettes des paysans baissaient toujours plus. L’importation de coton bon marché des USA, de Chine et du Pakistan a poussé les prix de ventes sous les coûts de production.
Ce problème devait être solutionné par la semence de coton génétiquement modifié, de nouvelles graines hybrides qui leur assureraient une meilleure récolte, une seule pulvérisation de pesticide suffirait également, car les graines étaient préalablement traitées contre les insectes, et les rendements devaient être exceptionnels.
Monsanto a ainsi pu tester en toute impunité la qualité de ces graines transgéniques dans l’environnement indien.
Quelques années plus tard, la magie fait place à l’horreur :
- Les germes vendus Mahayco-Monsanto Biotech ont trois fois plus chers que les semences conventionnelles.
- les paysans se rendirent très rapidement compte qu’un seul épandage d’insecticide n’était pas suffisant, car les parasites semblaient développer une immunité au produit toxique contenu dans la plante.
- les semences OGM de coton Bt sont tombées malades, infestées par le vers (vorace) de la capsule. Les semenciers avaient juste oublié de préciser que les plantes n’étaient pas résistantes aux maladies locales et qu’il fallait donc épandre des tonnes de pesticides en plus.
- Les fermiers durent alors faire pulvérisation sur pulvérisation dans l’espoir de sauver leur récolte, s’endettant ainsi de plus en plus.
- ces graines s’autodétruisent grâce à l’insertion dans le génome d’un mécanisme de suicide. Ainsi les fermiers indiens, qui dans le temps préservaient une partie de leur récolte pour le prochain ensemencement, deviennent alors prisonniers des multinationales, telles Monsanto ou Kargil, qui verrouillent le marché indien, car après chaque récolte il doivent racheter un lot de semences à prix fort.
- Les semenciers avaient aussi omis d’indiquer que les variétés en question buvaient deux plus d’eau et dégradaient les sols à grande vitesse. Lorsqu’il pleut, ou lorsque les feuilles tombent sur le sol, les éléments toxiques présents dans la plante transgénique affectent les micro-organismes de l’humus et la fertilité du sol. Du coup, les sécheresses ont été amplifiées et les rendements réduits à peau de chagrin.
- Les propriétés toxiques de la plante ont tendance à tuer aussi bien les parasites que les insectes «utiles», tels les papillons ou chenilles, qui sont ensuite mangés par les oiseaux, les serpents, les crapauds, les crabes, les chats même.
- une culture intensive de plantes transgéniques pourraient nuire à notre banque génétique en infectant le génome d’autres plantes par le bais du transfert de pollen, qui peut voyager jusqu’à deux kilomètres avec le vent, ou bien être transporté par un oiseau d’une plante de maïs transgénique par exemple, à une plante de maïs indigène. Les variétés traditionnelles ont même été interdites dans de nombreuses banques de semences gouvernementales.
Ces fermiers s’étaient tous endettés jusqu’au cou auprès de succursales de la compagnie indienne Mahyco-Monsanto, qui leur vendaient à crédit semences de coton, engrais, pesticides et herbicides.
En 2006, le ministère indien de l’agriculture déclarait que la moitié des foyers paysans étaient endettés. Selon les ONG, le taux de suicide parmi les fermiers pauvres atteint actuellement des records. 150 000 d’entre eux se seraient donnés la mort depuis 1993.
Sources :
